Pourquoi je m'oublie toujours pour les autres (et comment reprendre ma place)
Dimanche midi, chez ta belle-famille. Tu t'assois au bout de la table, sur la chaise qui reste. Tu sers tout le monde, tu te lèves 3 fois pour aller chercher le pain, l'eau, la moutarde. Quand quelqu'un te coupe la parole, tu ne finis pas ta phrase.
On te demande quel film tu veux voir ce soir : « Oh, moi, tout me va. » En vrai, tu avais envie de cette comédie dont tout le monde parle.
Le soir, dans la voiture, tu te rends compte que tu n'as presque pas parlé de la journée. Et tu ne sais même pas si ça t'a gênée.
Pourquoi tu passes toujours après les autres
Très tôt, beaucoup de filles apprennent qu'une fille « gentille » ne fait pas de vagues. On la félicite quand elle est discrète, arrangeante, quand elle ne demande rien. Alors tu as pris l'habitude de te faire petite, pour que tout le monde soit bien.
Sur le moment, ça marche : te taire t'évite une petite tension. Le repas se passe bien, personne ne soupire. Mais tu paies ce calme avec quelque chose de précieux : à force de ranger tes envies dans un coin, tu finis par ne plus très bien savoir ce que tu veux.
Ce que dit la recherche sur « se taire pour garder la paix »
En 1992, la psychologue américaine Dana Jack a créé un questionnaire pour mesurer cette habitude de s'effacer, surtout dans le couple. On y trouve des phrases comme « je ne dis pas ce que je ressens quand je sais que ça va créer un désaccord ».
Ce questionnaire est utilisé depuis plus de 30 ans. Ses résultats montrent que les femmes qui s'effacent le plus ont aussi, en moyenne, le moral le plus bas. C'est un lien observé chez beaucoup de femmes, et non une règle qui vaut pour chacune. Mais il dit une chose importante : se faire petite a un prix, même quand on ne le sent pas tout de suite.
Source : Jack, D. C. et Dill, D. (1992). The Silencing the Self Scale: Schemas of intimacy associated with depression in women. Psychology of Women Quarterly, 16(1), 97-106.

Ce qu'on oublie souvent de te dire
Prendre ta place n'enlève rien aux autres. Donner ton avis sur un film ne vole la parole à personne. Les gens qui t'aiment peuvent l'entendre, et souvent, ils seront soulagés de savoir enfin ce que tu veux. Ceux que ça dérange profitaient surtout de ton silence.
Tu n'as pas besoin de devenir quelqu'un d'autre ni de tout changer d'un coup. Ta place, tu peux la reprendre par petits morceaux.
Comment reprendre ta place, en 4 étapes
Commence par les petites choses. Le film, le resto, l'heure du rendez-vous. Si ça coince, ce n'est pas grave : tu t'entraînes sans risque.
Parle en « je ». « J'ai envie de… », « Je préfère… ». Tu n'as pas à te justifier : ton envie est une raison suffisante.
Finis ta phrase. Si on te coupe, attends 2 secondes, puis reprends calmement : « Je finis ce que je disais. » Sans t'excuser.
Remarque ce qui se passe après. Le plus souvent, rien de grave. Note-le : c'est ce qui rendra la fois suivante plus facile.
3 phrases à essayer cette semaine
« Tu veux manger quoi ? » devient « J'ai envie de pâtes. »
« On regarde quoi ? » devient « Ce film-là. »
« Mardi, ça te va ? » devient « Je préfère jeudi. »
Sans « je ne sais pas », sans « comme tu veux ». Une petite chose suffit pour commencer.
Ton geste aujourd'hui : une seule fois, donne ton vrai avis sur une petite chose. Et le soir, écris ce qui s'est passé ensuite.
Si dire non te paraît encore plus dur que donner ton avis, lis aussi : Comment dire non sans culpabiliser.
Pour reprendre ta place, jour après jour
Cet article reprend la leçon 1 de « L'amour de soi au quotidien », le journal à imprimer pour arrêter de t'oublier. 100 leçons, 100 vraies études, 100 petits gestes, et de la place partout pour écrire. 5 minutes par jour.
Une idée par jour, en vidéo, sur Instagram : @amourdesoi.auquotidien.
Aelin, Amour de soi au quotidien
